Pourtant, l’essentiel du texte produit par Claude porte déjà une trace invisible. Depuis le 2 août 2026, Anthropic appose un filigrane statistique à chaque sortie générée par ses modèles disponibles dans l’Union européenne, en réponse directe à l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle (règlement UE 2024/1689, dit AI Act). Ce marquage technique reste une obligation du fournisseur du modèle ; il ne dispense pas l’entreprise qui publie le contenu de sa propre obligation de divulgation, un régime distinct du même article. ChatGPT, de son côté, n’a toujours rien d’équivalent sur le texte. Pour une équipe qui alterne les deux outils au feeling, la différence change concrètement ce qu’il faut vérifier avant de publier.
Le watermark invisible que Claude appose depuis le 2 août 2026
Le mécanisme fonctionne par biais statistique. À chaque mot, le modèle penche légèrement vers certains choix lexicaux plutôt que d’autres, selon une clé que seul Anthropic détient ; pris isolément, un choix de mot ne signifie rien. Sur un texte qui occupe une bonne partie du context window, la récurrence devient statistiquement détectable. La marque voyage avec le texte lors d’un copier-coller et peut résister à certaines réécritures légères, selon Anthropic (TechCrunch, 11 août 2026). Pour les fichiers image ou audio produits par Claude, la même logique s’applique via le standard ouvert C2PA, qui appose des métadonnées de provenance signées. Deux techniques, un seul objectif : rendre le contenu détectable comme artificiel, condition posée par l’article 50 pour tout fournisseur de système générant du texte, de l’image ou, plus rarement, de l’audio synthétique.
Anthropic le précise dans sa documentation : le filigrane atteste qu’un texte est passé par Claude, il ne prouve pas qui en est l’auteur final.
Cette réserve n’est pas cosmétique. Une traduction, une correction ou une réécriture partielle passée par le modèle laisse la même trace qu’une génération intégrale ; le dispositif ne distingue pas ces cas entre eux.
ChatGPT, absent du marquage de texte malgré la technique disponible
Chez OpenAI, le silence est notable. L’entreprise disposerait de la capacité technique de marquer ses générations textuelles depuis plusieurs années, selon des informations du Wall Street Journal reprises par la presse spécialisée. Elle ne l’a pas activée, invoquant le risque de faux positifs et un désavantage concurrentiel face aux modèles qui n’appliquent aucun marquage (TechGrapple, 11 août 2026). La documentation de provenance publiée par OpenAI, à la même date, ne couvre que l’image et l’audio pour ChatGPT. Le texte n’y figure pas comme format supporté. OpenAI présente l’extension du marquage à toutes les modalités, texte compris, comme une direction future, sans date annoncée.
Ce que l’article 50 impose vraiment, acteur par acteur
L’article 50 superpose plusieurs obligations, avec des destinataires différents selon le rôle occupé dans la chaîne. Le fournisseur du modèle (Anthropic, OpenAI, Google, Mistral) répond du marquage technique. Le déployeur, c’est-à-dire l’entreprise qui utilise le modèle pour publier du contenu, répond d’une divulgation qui dépend du type de contenu et de son usage. Les deux régimes ne se recouvrent pas.
| Obligation | Texte | Image et vidéo | Audio |
|---|---|---|---|
| Marquage technique du fournisseur | Claude : déployé depuis le 2 août 2026. ChatGPT : non déployé au 11 août 2026. | Standard C2PA déjà disponible chez plusieurs fournisseurs | Délai de grâce jusqu’au 2 décembre 2026, comme pour les autres formats : le critère est l’ancienneté du système (mise sur le marché avant le 2 août 2026), pas le format audio en particulier |
| Divulgation du déployeur professionnel | Seulement si le texte informe le public sur un sujet d’intérêt public, sauf revue éditoriale assumée par une personne responsable | Obligatoire pour tout deepfake ou visuel synthétique diffusé publiquement | Obligatoire pour toute voix de synthèse identifiable comme telle |
| Sanction maximale en cas de manquement | 15 millions d’euros ou 3% du chiffre d’affaires mondial annuel | Même barème, plafonné au montant le plus bas pour les PME | Même barème |
La ligne qui compte pour un service marketing est la deuxième : elle vise un contenu qui informe le public sur un sujet d’intérêt général, un registre proche du journalisme d’opinion, largement au-delà d’une fiche produit ou d’un livre blanc technique ordinaire.

Le watermark de Claude ne vous couvre pas comme déployeur
Une équipe marketing publie chaque semaine un article de blog rédigé avec Claude, revu en 10 minutes par un chargé de contenu avant mise en ligne. Le texte porte le filigrane d’Anthropic. Le chargé de contenu, lui, ignore qu’il porte aussi une responsabilité d’éditeur au sens de l’article 50.
L’exception éditoriale prévue par le texte s’applique précisément à ce cas : dès qu’une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale du contenu, après une revue humaine documentée, l’obligation de divulgation tombe. Encore faut-il pouvoir le prouver : un historique de validation, un nom clairement rattaché à la publication, au-delà d’une relecture rapide avant mise en ligne. La différence entre les deux se joue souvent sur la traçabilité du workflow, un critère largement indépendant de la qualité du texte lui-même.
Le cas des visuels suit une autre logique. Pour les images générées, notamment via DALL-E, le marquage automatique déjà intégré par OpenAI sur ses générations d’images répond à l’obligation technique du fournisseur. La diffusion publique d’un visuel synthétique reste soumise à une divulgation distincte, quel que soit l’outil utilisé pour le produire. Un comparatif des générateurs pour le marketing, qui détaille les évolutions récentes de ChatGPT Images 2.0 pour vos visuels marketing, couvre cette partie du dispositif sans revenir ici sur le texte.
Le sujet touche aussi les agents conversationnels déployés en support client, où l’AI Act impose une divulgation immédiate de la nature IA de l’interlocuteur, une obligation différente encore, posée par un autre paragraphe du même article, qui ne dépend d’aucun watermark.
Se mettre en conformité avant le 2 décembre 2026
Le délai de grâce sur le marquage technique expire le 2 décembre 2026, quatre mois après l’entrée en application du reste de l’article 50. Pour une équipe qui pilote ses générations via plusieurs modèles, parfois orchestrés par un MCP server ou un routeur multi-agents pour répartir le token cost, la traçabilité devient l’enjeu réel : savoir quel texte sort de quel modèle, à quelle date, avant même de se demander s’il fallait le divulguer.
- Identifier, pour chaque canal de publication, quel modèle génère le texte final (Claude Opus, GPT-5, Gemini 2.5 ou un Custom GPT configuré en interne) et consigner cette information dans le workflow, par exemple dans le CLAUDE.md partagé par l’équipe si Claude Code pilote une partie de la production.
- Distinguer le contenu qui informe sur un sujet d’intérêt public (analyses, prises de position, débats publics ou actualité sectorielle) du contenu commercial routinier, qui reste hors du champ de la divulgation dans la plupart des cas.
- Documenter la revue humaine sur les publications concernées : nom du relecteur, date, niveau de modification apporté au texte généré.
- Vérifier, pour les visuels et les voix de synthèse diffusés publiquement, la mention visible imposée par l’article 50, indépendamment du marquage technique du fournisseur.
- Revoir ce dispositif avant le 2 décembre 2026, date à laquelle le délai de grâce sur le marquage machine des systèmes déjà commercialisés prend fin.
Le code de bonne pratique publié par la Commission européenne le 10 juin 2026 reste facultatif. Son adoption réelle par les fournisseurs de modèles n’a pas encore été cartographiée, pas plus que le rôle que jouera en France la DGCCRF, l’autorité chargée de la protection des consommateurs, dans les premiers contrôles.