Marketplace France : le classement qui exclut Amazon

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Et si le classement des marketplaces qui pèse vraiment sur les ventes en France laissait Amazon en dehors ? C’est le parti pris du premier baromètre français dédié au sujet. Publié le 8 janvier 2026 par Lengow sur un échantillon de 600 marchands actifs en 2025, il isole les plateformes qui structurent réellement l’activité des vendeurs, hors Amazon, Temu, AliExpress, Zalando et Rakuten. Le podium qui en ressort penche vers des retailers français : Cdiscount, Leroy Merlin, ManoMano. Pour un vendeur qui cherche où déployer son catalogue en 2026, l’audience affichée par une plateforme dit peu de sa capacité réelle à transformer ce trafic en commandes.

Le baromètre qui exclut sciemment Amazon du classement des marketplaces françaises

Le choix méthodologique surprend au premier regard. Lengow a bâti son baromètre des marketplaces françaises à partir des flux réels de 600 marchands utilisant sa solution de gestion de flux produits sur l’ensemble de l’année 2025. Il a ensuite retiré volontairement les plateformes non françaises : Amazon, Temu, AliExpress, Zalando et Rakuten n’y figurent pas. Le but consiste à faire apparaître des acteurs que la présence écrasante d’Amazon masque d’ordinaire dans les classements généralistes.

Le marché pèse lourd. Le e-commerce français a généré 196,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en hausse de 7 %, pour 3,2 milliards de transactions (Fevad, bilan publié le 11 février 2026). Le panier moyen y recule à 62 euros, en baisse de 3 % sur un an. Les marketplaces concentrent une part croissante de ce volume : 31 % des ventes de produits en ligne en 2024, contre 29 % un an plus tôt, d’après l’édition 2025 des chiffres clés Fevad. Contrairement à l’Allemagne ou au Royaume-Uni, où Amazon s’est imposé sans réel contrepoids local, les retailers hexagonaux ont transformé leurs enseignes physiques en marketplaces dès les années 2010.

« Leroy Merlin, Darty, Decathlon, Castorama : ces noms évoquent d’abord des magasins physiques. Et pourtant, ils figurent aujourd’hui parmi les places de marché les plus structurantes du pays. » (Lengow, Baromètre 2025, publié le 8 janvier 2026)

Cdiscount, Leroy Merlin, ManoMano : le podium 2026 par activité vendeur

Le classement marketplace complet publié par Lengow tient en 10 noms, portés par des technologies différentes. Cdiscount occupe la première place, propulsée par sa techno maison Octopia. Leroy Merlin et ManoMano suivent : le premier s’appuie sur Mirakl, la seconde a développé sa marketplace en interne dès l’origine. Le reste du podium mélange les deux approches.

  • Cdiscount (Octopia) et Leroy Merlin avec Bricoman (Mirakl), en tête du classement
  • ManoMano (technologie in-house) et La Redoute (Mirakl), au milieu du podium
  • Veepee, Maisons du Monde, Darty, Decathlon et Castorama complètent le top 10, sur des technos in-house ou Mirakl selon l’enseigne
  • Showroomprivé ferme la liste, seule autre pure marketplace du classement avec ManoMano

Sur les 10 plateformes, cinq s’appuient sur Mirakl : Leroy Merlin, La Redoute, Maisons du Monde, Decathlon, Castorama. Cdiscount a bâti sa propre techno via sa filiale Octopia. Trois autres ont choisi le développement interne : ManoMano, Veepee, Darty. Une étude RetailX citée par Lengow situe la France en tête de l’Europe sur ce terrain : elle héberge 21 % des 1 000 plus grandes marketplaces du classement européen EU1000, une proportion inédite sur le continent.

Amazon, leboncoin, Temu : ce que dit le classement par audience

Le baromètre Fevad/Médiamétrie raconte une tout autre histoire, cette fois en comptant tout le monde. Sa dernière édition, publiée le 9 septembre 2026 pour le deuxième trimestre, place Amazon largement en tête avec 41,2 millions de visiteurs uniques mensuels, devant leboncoin (32,1 millions). Un chiffre domine la période : 53 millions d’internautes, soit 90,4 % des Français de 11 ans et plus, ont consulté chaque mois au moins un site du Top 20 e-commerce.

Les trois plateformes de cross-border chinois marquent le pas ensemble sur la période, après plusieurs trimestres de progression spectaculaire. Temu perd 3,1 millions de visiteurs en un trimestre (-12,7 %) et recule de 5,2 % sur un an, à 21,3 millions. Shein reste quasiment stable à 15,5 millions, un niveau inférieur de 7,1 % à celui du deuxième trimestre 2025. AliExpress, sorti du Top 10, pointe à la 11e place avec 15,1 millions de visiteurs, contre 15,9 millions au trimestre précédent ; Vinted, lui, entre dans le Top 5 avec 20,1 millions de visiteurs mensuels, une place gagnée sur la période.

leboncoin, le C2C qui pèse plus lourd que prévu

Avec 32,1 millions de visiteurs mensuels, leboncoin dépasse largement les marketplaces B2C spécialisées du classement Lengow réunies. Le site reste pourtant absent de la plupart des panoramas marketplace publiés jusqu’ici : son modèle historiquement C2C brouille sa lecture comme canal de vente professionnelle. Sa part B2C progresse pourtant chaque année, portée notamment par l’automobile.

Combien coûte réellement une place sur une marketplace

Le trafic ne dit rien du coût d’y vendre. Les commissions prélevées par les marketplaces françaises et généralistes oscillent entre 8 % et 20 % selon la catégorie de produit, d’après les données compilées par l’agence CapExpertise en juin 2026. Sur Amazon, le taux standard tourne autour de 15 %, avec des variations sensibles : il peut descendre à 5 % pour certains accessoires électroniques et grimper nettement pour la bijouterie.

La fusion opérée entre la Fnac et Darty en 2026 illustre un autre mécanisme : les deux marketplaces mutualisées appliquent des commission marketplace comprises entre 7 % et 15 % selon les catégories, complétées par un abonnement mensuel avoisinant 40 euros. À ces frais s’ajoutent, selon les plateformes, les coûts de mise en avant sponsorisée et d’entreposage, absents du prix affiché en tête de contrat. Une boîte postale professionnelle reste aussi exigée par la plupart des marketplaces pour valider un compte vendeur, au même titre qu’une immatriculation en règle.

La grille pour choisir où vendre, au-delà de l’audience affichée

L’audience seule ne suffit pas à juger une marketplace. Le taux de conversion réel par catégorie compte davantage, une donnée que la plateforme communique rarement avant la signature d’un contrat. Le coût d’intégration technique aussi : une marketplace sous Mirakl, socle mutualisé par plusieurs enseignes, se documente mieux qu’une techno in-house comme celle de ManoMano, qui impose souvent un connecteur sur mesure aux outils e-commerce déjà en place. Les avis clients pèsent enfin sur le classement des fiches produit, un levier décisif quand la marque du vendeur reste peu connue du grand public. Reste la dépendance commerciale : concentrer l’essentiel de son chiffre d’affaires sur une seule marketplace expose à une suspension de compte ou à un changement de barème de commission décidé unilatéralement, sans recours immédiat.

Le baromètre Lengow porte sa propre limite : il mesure l’activité de 600 marchands qui utilisent sa solution, pas l’ensemble du marché français. Un vendeur équipé d’un autre outil de gestion de flux peut très bien peser davantage sur une marketplace absente de ce podium, sans que le classement le reflète. La question rejoint celle du choix d’un prestataire pour créer sa boutique en ligne : qui héberge le trafic au meilleur coût, avec le moins de friction technique.

Avant de signer un contrat, mieux vaut réclamer le détail des commissions par sous-catégorie et le délai réel de reversement des fonds : ce sont ces deux données, plus que l’audience affichée en page d’accueil, qui déterminent la rentabilité d’un catalogue sur 12 mois. Reste une zone que ni Lengow ni Fevad ne couvrent encore : combien de ces 600 marchands vendent aussi sur leboncoin, un canal C2C qu’aucun baromètre B2C, pas même celui de Fevad/Médiamétrie au T2 2026, ne comptabilise.

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